Affichage des messages blog dont le libellé est Textes. Afficher tous les messages blog
Affichage des messages blog dont le libellé est Textes. Afficher tous les messages blog

mardi, juillet 04, 2006

Souvenir 1. Temps caché.

                   
Ma chambre est la dernière pièce de l’appartement qui s’étale sur la moitié du 3ème étage de la grande bâtisse provençale.
En partie perchée sur d’énormes rochers, la vieille maison garde le frais en été comme tous les mas du midi savent le faire. Une barre de rochers qui lui donne son nom; le château de la Barre.
Il y a d’antiques moustiquaires aux panneaux de bois coulissants vers le haut, j’attrape le vertige à regarder dehors, je suis bien à 30 mètres du sol, les murs sont énormes, les espaces tarabiscotés, reliquats d’une époque où seules les robes des religieuses bruissaient ici…

J’aime cette maison. Elle a une vie propre, son passé se raconte à chaque pierre qui l’a bâtie, chaque porte branlante ... tous les vieux carreaux reflètent tant d’histoires.
Attenants à ma chambre au sol de tomettes, il y a un petit cabinet de toilette désuet et une porte vers le reste de l’étage.

Du haut de mes 12ans je suis la grande copine de notre propriétaire. Je vais souvent avec elle en balade, elle m’emmène à son travail en centre ville ou au creux des calanques dès la belle saison... et j’ai la permission de lever le loquet privé, de pousser la porte privée et de me réfugier dans la partie privée de notre étage, ce privilège n’appartient qu’à moi.
C’est une autorisation dont je n’abuse pas. Rares sont les fois où je peux échapper à ma mère et goûter cette chance.
Alors, lorsque je soulève la bobinette pour me faufiler dans un autre univers, calme, paisible, calfeutré ... je m’accompagne d’un soupir de soulagement discret.
Aussitôt la porte refermée, il me vient des mines et des grâces d’un autre temps. Du temps de femmes élégantes et corsetées naviguant délicatement parmi les meubles précieux, les belles étoffes, les vieux livres... Toutes sortes de contes sont à faire vivre et je ne m’en prive pas, soliloquant, un antique chapeau de guingois sur mes cheveux courts de préadolescente des eighties !
J’imagine, je revis... je suis enfermée dans un palais et mon bien aimé ne tardera plus. J’ai enfin 20ans mais ma vie est brisée par la jalousie d’une terrible rivale, je suis belle mais une affreuse malédiction pèse sur moi, qui viendra donc m’en délivrer....les scénarios ne varient pas beaucoup plus ... Je vis de pièces en pièces, poursuivie de poussières et de rayons biseautés par les persiennes, épuisant mon goût de la romance au gré de mon imagination si bien servie par ce décor.
Coupée du monde, je ne suis plus d’aucune ère.
J’emprunte un antique châle à peine mité, et d’un pas distingué poursuis mon vagabondage, tenant tête à mon improbable prétendant en déplaçant une belle aiguière ou arguant au milieu d’érudits faisant salon en ma demeure en agitant un éventail délicieusement dentelé...
Je lis déjà trop Stendal en somme !

Quant épuisée de tant de noblesse et lasse de ma grâce affectée, je me jette sur un lit dont le bois si bien ouvragé geint sous l’affront. Un énorme édredon tout plumeux et mœlleux me fait une place et loin de tous, j’embarque pour une autre histoire dans un autre temps.
Les pieds battants l’air les poings sous le menton, à plat ventre comme un oison dans son nid, je pique le nez dans les aventures de Bécassine.
Toute une collection d’ouvrages originaux du début du siècle, en parfait état, à la vieille odeur d’encre, aux pages cousues serrées, aux couvertures cartonnées habillées d’images désuètes sont à moi!
Rien que les dates d’impression me font rêver ....1917...1925... Je les économise, j’aimerais que ma lecture soit sans fin, je m’imprègne de chaque bulle, chaque dialogue. J’y suis !
Madame de Grand’Air, les gaffes pleine de bonne volonté de Bécassine, le Paris de la belle-époque, les vieilles autos, les manières passées et Loulotte, enfant adoptée que j’envie si fort...

« Paaaauuuull !!! » « Tu dors ??? »
Du rez-de-chaussée de l’immense demeure monte la rituelle question quotidienne. D’un grand appel, Madame Meunier questionne son mari dès son retour quelle qu’en soit l’heure.
Le chien aux grandes oreilles ramasses poussière sur les talons, elle grimpe les étages jusqu’à la chambre de Monsieur Meunier. Le vieil homme reste alité la majeure partie du temps, la maladie de Parkinson ne lui laissant que peu de répit.
Ma présence au-dessus se veut rassurante. Du moins c’est mon passe droit, l’alibi donné pas mon amie ayant bien 5 fois mon âge, pour valider cette autorisation que mes parents me refuseraient autrement,.
Pas sûr pourtant que je l’entende ce brave homme tellement les murs sont épais.
J’inclus donc à mes scénettes romancées une majestueuse descente d’escaliers... autrement dit une volée de 20 marches de carreaux d’argile, sur la pointe des pieds, et la main glissant sur la rambarde de bois lisse aussi élégamment que possible, puis un arrêt stratégique me fige à mi-couloir... je n’oserais jamais aller jusqu’à la chambre, le vieux monsieur m’effraie un peu tout de même moi l’innocente demoiselle... je tends l’oreille et guette un éventuel brigand... non un éventuel appel du malade ! Et comme tout reste tranquille, je repars discrètement vers mes appartements poursuivre mes chimères jusqu’à ce que ma mère, mécontente de ce plaisir malgré elle finisse par me rappeler...
Qu’importe... bientôt je recommencerai !
                 

jeudi, juin 22, 2006

Engrais 8

...
Alors le carrelage est tout sale. Alors voilà.
Le sang a dû séché un peu dans l'évier. Ce n'est pas grave.
Il y à là-haut une petite étoile qui clignote. En fait, un avion qui passe non?
L'herbe fraîche dans son dos, sous ses reins, à ses talons, Arnold Larkett est
bien. Un peu vide. Un peu plein. Un peu loin. Plus haut en tout cas.
Il se peut que la prochaine âme de Arnold Larkett soit dans l'avion.
Alors...il va La charmer, L'enamourer, sectionner, dépecer, compresser.
Et puis La semer.



Dans son dos l'herbe gratouille. Est-ce qu'il y a vraiment tant de saletés que ça
dans la cuisine? Une langueur filtre des brins d'herbe et s'immisce.
Arnold Larkett dort. Arnold Larkett rêve.
De sang. De violence. De mort. Il rêve d'Elle. Et d'engrais.
C'est une petite bête qui monte.
Là franchement ça gratte. Ca gratte assez pour réveiller Arnold Larkett.
Il a rêvé non ?Un drôle de songe.
Mais il est nu dans son herbe grasse. Tout va bien donc.
Cette année Arnold Larkett a mis un excellent engrais.


...FIN...

           

Engrais 7

....
Minutieusement, Elle deviendra engrais. L'engrais de Arnold Larkett.
L'Engrais.
Arnold Larkett sait qu'il est temps. Tout est silencieux. Elle ne fera pas de
bruit. Trop bien bâillonnée.
C'est toujours un peu salissant. Vu de l'extérieur du moins. Parce que lui ça ne
le dérange pas. Après il suffira de nettoyer bien soigneusement, le carrelage c'est
si pratique pour ça.
Le sang séché est l'idéal pour nourrir le tendre gazon. Il ne faut rien en
perdre.
Donc il faut La laisser se vider de son sang quelques temps. Puis équarrir et
mixer les chairs, les mélanger au compost pour en faire le miraculeux engrais.
C'est très simple et pas si compliqué qu'il n'y paraît.
Il faut juste être prudent, c'est certain.
C'est si bon de savoir le pouvoir , de le toucher, de le gérer, de l'imposer et
d'en faire une chose si utile. En faire de l'engrais.
Même si certains aspects ne sont pas pratiques.
Les badauds sont si admiratifs du résultat....et son ventre se trouve si bien
tapi au creux de l'herbe... Alors voilà.

...à suivre...

               

Engrais 6

....
Elle est comme toutes les autres...Elle comprend très bien.
Elle comprend mais ne veut pas y croire.
Ce n'est pas grave. Au contraire. Elle lui fera cet ultime cadeau. Cette seconde où
la réalité va l'atteindre pour de bon. Où elle saura qu'il n'est plus temps d'espérer.
Où il n'est plus temps de croire que c'est un cauchemar éveillé qu'Elle vit.

L'instant tant attendu d'Arnold Larkett.. L'instant ou Il l'a décile.

....à suivre....

                 

Engrais 5

....
Le ciel sombre s'échevelle de gros nuages noirs qui ouatent le temps. Qui comblent les interstices du cerveau fiévreux de Arnold Larkett. Qui portent ses rêves. Ses cauchemars.
Elle n'a pas été plus difficile à séduire que les autres. Elle est dodue comme il faut. C'est bien. Il lui faut le maximum de matière.
Deux jours déjà. Il va vraiment falloir le faire. Et puis demain c'est lundi.
On est au moment qu'il préfère ..juste avant.. lorsque c'est à lui de décider....lorsque c'est lui qui a le pouvoir...
Après c'est toujours moins bon...Il ne reste des sensations que le souvenir qui s'estompe et qu'il lui faudra faire revivre pour exister de nouveau.
Aprés c'est lundi et il faut retourner au travail.

Lorsque Arnold Larkett va dans sa cuisine il aime bien lui parler. Tout à l'heure encore il s'est montré si....causant.
Un a un les mots s'égrainent et résonnent dans sa mémoire.
Passent de brins d'herbe en brin d'herbe. Reviennent à ses lèvres trop minces.
Accroupi devant Elle, sous ses grands yeux fous d'effroi, une main sous le petit menton qui tremble...

" Viens ma belle.....Viens...
- Viens que je te prenne et que je t'écrase. Tu m'entends !
Sort de là.. et rejoins mes mains. Tu m'entends ?
Tu sais que j'en rêve. Et je te vois qui crève... Ma belle ?
Alors tu veux quoi pour dîner ? j'ai fait du poisson .
De toutes façons tu ne vas pas manger.
Eh ?! Ma belle ! regarde moi quand je te parle !T'entends ! !
Tu as vu ma pelouse ?....viens....je t'y emmène...
Touche et sens....ça te plaît non ? c'est moi qui la nourri.
Alors ? ta journée s'est bien passée ? je vais te faire une nuit en herbe.
Allez viens....ma belle....dans mes mains... "


....à suivre...

                          

Engrais 4

.....
Moins c'est au travail. Il suffit d'être sur mode automatique.
Arnold Larkett n'a pas à se donner trop de peine pour ça. Il sourie, range, classe, encaisse, trie,
expédie. Avec une constance rare.
Il laisse ses mains travailler et promène son esprit dans son jardin.
Il y a toujours une paire de gants dans sa poche. Toujours.

Et une autre, méticuleusement installée, dans la boite à gants de sa voiture tout terrain aux vitres sombres.
Plus, c'est pour les autres moments...
Lorsqu'il va falloir faire de l'engrais. Aujourd'hui est un jour particulier.
On est au Printemps. A l'instant magique où la nature s'étire en baillant et commence à s'habiller. On est à la saison préférée de Arnold Larkett.
La matinée a été consacré à divers achats de matériel dans les grandes surfaces de bricolage des environs .Il faut savoir ne pas tout acheter au même endroit.
Les outils sont désormais sagement rangés sur l'immense table de la salle à manger où personne ne mange jamais.
A l'instar de la cuisine, c'est une pièce entièrement carrelée.
Peu de meubles et du carrelage partout.
Pas très convivial certes, mais si pratique. Et Arnold Larkett est un homme extrêmement pratique. C 'est mieux.
Les toiles cirées et les bâches sont posées, bien pliées à coté des outils.
Le moment viendra vite à présent.
L'après-midi, Arnold Larkett a tondu , tondu et tondu encore. Revenu cisailler, raboter, fignoler, détailler et perfectionner. Il a lissé, égalisé, désherbé, choyé et bichonné, retondu et engraissé, puis a regardé, contemplé, aimé, joui, applaudi, et, enfin, il a recommencé.
Voilà la nuit qui s'installe, douillette et fraîche.
Pas de famille. Pas d'amis. Pas de femelle. Pas de voisins. Personne qui puisse le voir, le savoir, l'émouvoir.
Dans le sombre du soir Arnold Larkett se pelotonne.
La nuit lui frôle l'esprit. L'endort un peu.. Elle est là tout près. Il L'a sent.
Dans la cuisine. Ligotée sur le carrelage. Mais ce n'est pas l'heure.
Arnold Larkett n'est pas encore.....disposé.


...à suivre...


           

Engrais 3

....
Le plus intense souci de Arnold Larkett est cette petite sueur qui lui mouille le corps a chaque fois qu'il doit parler à quelqu'un.
Selon l'intensité de l'intérêt qu'il porte à ce " quelqu'un " la mouillure varie de densité.
Certains soirs, dans les bars, de grosses gouttes dégringolent le long de son dos, derrière ses cuisses, jusqu'au creux de ses genoux. Alors, d'un revers de main,il doit ôter l'humidité qui perle à ses lèvres.
Cette exsudation intempestive bouffite d'angoisses n'a qu'un seul remède.
Ses gants.
Les gants de Arnold Larkett sont en peau. Un cuir noir, d'une finesse extrême,si fin que les brins d'herbe sont perceptibles. Les brins d'herbe et les cheveux soyeux des femmes.
Aussi.
Lorsque Arnold Larkett a ses gants aux mains plus rien n'est impossible et son corps s'assèche. Les angoisses sont taries et la vie commence.
Mais des gants, ça ne se porte pas à longueur de journée.
Il y a donc encore des moments où Arnold Larkett sue. Plus ou moins.

....à suivre...

                    

Engrais 2

.......
Il y a 34 ans un beau bébé brun aux yeux bruns est né.34 ans.
Un peu silencieux. Un peu pâle. Mais beau et froid.
Il y a 34 ans Arnold Larkett est né.
Sur le ventre de sa mère Arnold Larkett a braillé.
Mais depuis longtemps il s'est tu et calmé. Son père s'en est chargé.
Et bien que son père soit heureusement enterré depuis belle lurette, Arnold Larkett sent encore ses cheveux se dresser sur sa tête lorsque l'image de cet homme honnis lui vient à l'esprit. Il suffit parfois de peu de chose.
Une porte que le vent claque et c'est comme si Arnold Larkett n'était plus seul dans la maison.
Comme si son géniteur annonçait de nouveau l'une de ses implacables colères en fracassant les portes à peine rentré du travail.
Mais cela ne dure qu'un instant de pâleur.
Et Arnold Larkett savoure de nouveau la solitude que la mort lui a offerte...
Il y a trois ans Mme Larkett mère a elle aussi eu la bonne idée de rendre l'âme.
Laissant à Arnold Larkett la maison, le jardin et les angoisses.


à suivre....

              

mercredi, juin 21, 2006

Engrais.1

Pour animer un peu ce pauvre petit blog qui s'ennuie un peu (oui mon blog me parle et oui again je déboulone pas mal... à la retraite j'vous dis pas l'état de la Shantti hein..) bref,je n'ai pas de nouvelles fracassantes, mes ouvrages ne progressent pas énormément car je travaille sur les leçons (pas marrant ça.. d'oû que je parle à mon blog...tout se tient!),ajouté à la routine de la maison, rien de passionnant donc;-)

Mais comme je suis soucieuse de vous qui passez par ici je vous livre un peu de lecture..
Une petite nouvelle dispatchée en petits morceaux *humour noir qui sera compris à la fin je présume;-)*, un paragraphe de temps à autre.. peut-être que la lecture vous plaira, ou vous surprendra ou vous révulsera... Partagez-moi vos impressions!

J'ai bien profité de mes (trop courtes) vacances et je me remets au boulot en pestant comme il se doit;-)
Bonne fin de semaine à tous

                


Engrais


Cette année Arnold Larkett a mis un excellent engrais.
Les années précédentes Arnold Larkett avait toujours tiré fierté de sa pelouse.
Mais cette année...il jubile. Elle est grasse et drue. Partout
Il tond. Il tond et il tond encore. Deux fois par semaine. Rien que ça.
En passant, les passants lorgnent l'insolence de l'herbage.
Pas de fleurs. Juste une coulée verte parfaite.
Simmons est même venu faire un commentaire par-dessus la barrière.
Un " ça pousse ! " Hautement philosophique... Arnold Larkett a souri modestement.
Les nuits sans lune, il s'allonge dans son herbe. Tout nu. Pour ne rien rater.
Il glisse et rouleboule à l'insu de ses voisins. Il jouit de son herbe.
Arnold Larkett a un secret.


                


...à suivre...